Publié par H.L.

Disruption

Serge Soulié[1] témoigne de son dépit devant l’évolution du protestantisme : «  Dans les années 60-70, le protestantisme me faisait rêver. Les protestants étaient le fer de lance de l’opposition aux tortures en Algérie, ils demandaient l’accélération du processus de décolonisation, ils s’opposaient aussi à la guerre au Viet Nam et demandaient à la France de revoir sa politique de fabrication et d’exportation d’armes, ils luttaient pour l’abolition des différences ethniques, et se sentirent meurtris lorsque Martin Luther King fut assassiné. Sur le plan éthique, ils militaient pour l’abolition de la peine de mort, pour le droit à l’avortement. Ils furent à l’origine de nombreux centres de planning familial à travers tout le pays. Bien sûr, ils n’étaient pas les seuls, mais ils étaient en première ligne et soutenaient toute avancée dans ces domaines. Bien sûr, certains s’opposaient à ces changements, mais ils restaient minoritaires. Sur le plan intellectuel, Jacques Ellul et Paul Ricoeur éclairaient de leur lumière la société tout entière.. Cinquante ans plus tard, que reste-t-il de tout cela ? Où sont les protestants jadis aux avant-postes de ce qui a fait la société ces dernières années, telle la laïcité par exemple ? …On en a vu beaucoup aux avant-postes de la manif contre le mariage pour tous, on les entend hurler contre la PMA, la GPA, ils signent pour s’opposer aux dispositions de fin de vie. Ils ne pensent plus. Ils suivent. Ils haïssent la gauche. Ils se satisfont des injustices et des inégalités prônées par les conservateurs les plus obscurs. »[2] Soulié parle dans son livre semble-t-il, non pas tant de la fin du christianisme que de la nécessité de parler de Dieu  d’une nouvelle façon. 

Pour Soulié, la présence de Dieu se manifeste dans le partage, l’entraide, l’écoute. Chacun est invité à prendre conscience de la situation dans laquelle il est. Frankl, l’analyste créateur de la logothérapie, dirait peut-être que l’objectif est de chercher le sens de son existence. Prendre conscience de sa situation c’est agir en toute liberté pour devenir ce qu’il ou elle doit être. Soulié ajoute : « Nous devons repenser l’Église dans le contexte actuel ... IL s’agit non seulement d’une mutation, mais d’une révolution qui rend obsolète et ringardise ce qui fonctionne sous un monde ancien. Cette révolution est appelée disruption ».

Nous n’allons pas vers une religion universelle, mais vers une religion personnelle. Chaque individu a sa propre religiosité, définit sa compréhension de Dieu d’une façon spécifique. Frankl illustre cette idée en faisant remarquer que pour représenter le ciel le peintre dessine des nuages. Or les nuages ne font que symboliser le ciel avec lequel ils n’ont rien à voir. De même pour parler de Dieu nous utilisons des symboles qui n’ont rien à voir avec Dieu. Ainsi en est-il de la foi de chacun. Les religions se définissent en général comme universelles et envisagent leur avenir comme finissant par imposer leurs dogmes au monde entier. En fait chacun ayant sa propre définition et vision de Dieu l’exprime à titre uniquement personnel. La rencontre avec l’autre, la découverte de la façon de vivre sa foi est un immense enrichissement à partager. Le partage de toutes ces spiritualités personnelles sera alors ce qui caractérisera la fin des religions et la naissance de la religion d’amour.

La religion finira par être l’expression de langages personnels dont chacun pourra se servir pour s’adresser à Dieu, avec le langage d’une spiritualité aux formes d’expression multiples. « Dieu serait ainsi le partenaire des entretiens les plus intimes avec soi-même. »

 

 

 

[1] Serge Soulié, La maison du Reve, La barre Franche, 2019

[2] Serge Soulié,  La fin d’une religion , La Barre Franche

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