Publié par H.L

La disruption de l’Église

La disruption de l’Église

Le pasteur Serge Soulié , dans un livre dont le titre  est « La maison du rêve, apporte une réponse assez pessimiste de l’avenir du christianisme comme le prouve les lignes suivantes ;

« Nous devons repenser l’Église dans le contexte actuel. Aujourd’hui, nos manières de penser les entreprises, les expériences, les institutions, nos représentations du monde, nos valeurs sont bouleversées. Comment nos représentations de Dieu, la place  et la nature des Églises pourraient-elles échapper à ce bouleversement ? Dans le monde anglo-saxon, on parle de révolution brutale, mais inéluctable pour qualifier notre époque. Il ne s’agit pas seulement d’une mutation, mais d’une  révolution qui rend obsolète, et ringardise  ce qui fonctionne sur un mode ancien. Cette révolution est appelée « disruption ». Le terme signifie à la fois rupture et séparation. Il a été tout d’abord utilisé dans le marketing et l’économie. Puis il s’est étendu à d’autres domaines. Pourquoi ne pas l’utiliser pour la religion, ses croyances et ses institutions ? Le mot fait peur. Il traduit l’émergence d’un Nouveau Monde à une vitesse inouïe et foudroyante. L’Eglise installée depuis vingt siècles et, il faut le dire, quelque peu endormie, est prise à rebours. Habituée à suivre des règles sans prendre de risques, à imposer son exemplarité, elle vit mal la transgression aussi intelligente soit-elle. Elle n’a pas pris la mesure de l’attitude  de l’apôtre Paul qui a été très disruptif lorsqu’il a considéré que la circoncision n’était pas nécessaire ou lorsqu’il autorise à manger des viandes sacrifiées aux idoles, puisque pour lui, il n’y a pas d’idoles.

« Le libéralisme (théologique), souvent montré du doigt, fait l’expérience de cette aversion de notre cerveau pour la perte. Il se heurte à ceux qui refusent la disparition de l’Ancien Monde alors qu’un monde nouveau, une théologie nouvelle frappe à leur porte. Les antilibéraux considèrent que la disruption est un danger alors que c’est une bonne nouvelle pour renouveler le christianisme et, au-delà, les religions. Mieux encore, c’est une bonne nouvelle pour l’homme. Le christianisme ne peut plus se renouveler par le changement des formes liturgiques, l’explication des textes bibliques, la valorisation des rites sacramentaux, il ne peut plus se contenter d’améliorer ce qui existe. Il doit intégrer les connaissances actuelles et cesser de se replier sur lui-même. C’est ce que demandent nos contemporains, parfois sans le dire clairement. »

Jésus par son « vous avez entendu qu’il a été dit…mais moi je vous dis », ou encore par sa parole autorisant ses disciples à arracher des épis le jour du sabbat, est aussi très disruptif. C’est un bouleversement, un rejet de la tradition, considéré à l’époque comme une folie. « Dieu a convaincu de folie la sagesse du monde » ou « supportez de ma part un peu de folie » écrira l’apôtre dans ses épîtres aux Corinthiens. À chaque annonce d’une ambition de disruption, les  garants des traditions et de la théologie orthodoxe crient au dérapage et à l’impossibilité. Ils empêchent, avec leurs modèles obsolètes, toute nouvelle « folie ».

La figure d’un Dieu laïc

Une toute dernière observation concerne l’idée que l’on peut se faire de Dieu qui n’a pas besoin de religion pour exister. Comme le disait Tillich, si Dieu existe, il est sans doute présent en toute personne comme en toute chose. Nous avons vu avec Jean Daniel Causse que le salut peut surgir d’une parole en laquelle l’analysant fait crédit, et que cette parole peut redonner sens à la vie de l’être qui était emprisonné dans l’image de la personne à laquelle il s’était identifié, mais qui en fait n’était pas réellement lui. Effectivement quand Jésus est interpellé par deux aveugles et répond à leur appel, il ne leur parle pas de Dieu. Le miracle se produit pourtant parce que ce sont les aveugles eux-mêmes qui ont fait à Jésus le crédit de croire en lui, de lui faire confiance pour oser enfin vivre la personne qu’ils étaient en vérité ( Mt. 9, 27-31) et non plus l’image de la personne que leur avait attribuée la société et à laquelle ils s’étaient identifiés. Nous avons compris avec Serge Soulié qu’un geste d’amitié, qu’un signe d’amour, qu’une écoute empathique permet le miracle d’une véritable libération de ce qui empoisonnait l’existence, l’emprisonnait, alors que la source de ce miracle est parfaitement humaine, immanente. Le docteur Franckl lui aussi avait insisté sur le fait qu’un Dieu inconscient qui habite en chacun de ceux qui sont en quête de sens peut se révéler. Tout se passe comme si effectivement comme le disait Caputo, Dieu non puissant, dépourvu de pouvoir, insiste comme Dieu inconnu, mais présent, prêt à répondre à celui ou celle qui désire l’entendre en cherchant le sens de son existence.

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S
Diu lui-même, dans Isaïe, demande d'être libéré de la "religion", "religion" au sens des divers rituels. "Que m’importe le nombre de vos sacrifices ? Les holocaustes de béliers, la graisse des veaux, j’en suis rassasié. Le sang des taureaux, des agneaux et des boucs, je n’y prends pas plaisir. Cessez d’apporter de vaines offrandes ; j’ai horreur de votre encens. (...) Apprenez à faire le bien : recherchez le droit, mettez au pas l’oppresseur, rendez justice à l’orphelin, défendez la cause de la veuve." (Is 1,11-17)<br /> Aujourd'hui, c'est un christianisme libéré qui répondra mieux aux attentes de notre monde sécularisé.
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