Certitude ?

Habituellement, on considère que le doute est contre la foi. Un véritable croyant, pense-t-on, est inaccessible au doute, et celui qui doute n'a pas véritablement la foi. Le fidèle a des certitudes absolues et une confiance totale ; il est sûr de ce qu'il croit, sûr de son destin et de son salut, et surtout sûr de son Dieu.

Or, dans le Nouveau Testament, le doute va plutôt avec la foi. Les rares passages qui mentionnent le doute concernent toujours les disciples. Un spécialiste du Nouveau Testament, le professeur Pierre Bonnard constate : « Ce sont les disciples qui doutent... le fait qu'ils doutent ne les empêche pas d'être des disciples et ne les exclut pas du cercle des apôtres ; le fait qu'ils sont disciples... ne les préserve pas du doute » .

De même, dans l'histoire de l'Église, on voit que les « grands » serviteurs du Christ, ceux qui se sont consacrés corps et âme à l'Évangile, ont souvent vécu des moments de profonde angoisse. On a parfois le sentiment que le doute accompagne la foi, de même que l'ombre accompagne la lumière.

L'angoisse existentielle

Elle surgit quand nous sentons notre existence menacée physiquement ou moralement. Ainsi, une frayeur sourde et profonde nous saisit parfois quand nous voyons la mort s'approcher de nous et que nous ne pouvons pas nous empêcher de nous demander : la vie éternelle, est-ce bien vrai 

Cette angoisse existentielle se trouve dans le Nouveau Testament. Elle saisit les disciples quand la tempête menace d'engloutir leur barque. Elle s'empare des amis de Jésus quand, le vendredi saint, leur cause semble définitivement perdue. Jésus lui-même la connaît quand il s'écrie sur la Croix : « mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? », mettant ainsi en cause son message, sa mission et jusqu'à son Dieu.

Je remets mon esprit entre tes mains

Il ne faut pas nous croire plus forts que Jésus. S'il a connu cette angoisse, nous ne parviendrons pas à l'éliminer. Elle appartient à notre condition humaine ; il nous faut l'accepter. Au fond, malheureux serait celui qui ne la ressentirait jamais ; il serait un robot, un fanatique ou une brute, pas vraiment un homme.

L’Évangile ne nous demande pas d'être impavide ou insensible. Il nous dit que la présence de Dieu dans notre vie, si elle n'abolit pas nos peurs, nous permet de les dominer. Sur la Croix, après le cri terrible : « pourquoi m'as-tu abandonné ? », vient la parole apaisée : « je remets mon esprit entre tes mains ». La confiance l'a emportée sur le désespoir.

La foi ne supprime pas ce doute de l'angoisse ; elle donne le courage de le combattre et la force de le maîtriser. Il devient alors semblable à un fauve dompté et encagé ; toujours présent et dangereux, certes, mais muselé et vaincu. Le doute existentiel est avec la foi, en ce sens qu'il l'accompagne et qu'elle ne s'en débarrasse jamais complètement. Ce doute est contre la foi en ce sens qu'il l'attaque et menace de la détruire. Mais la foi surmonte et endigue ce doute, et l'empêche de tout emporter.

 

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J
Cela rejoint tout à fait ce qu'écrit Roger Dewandeler dans un article intitulé : "Réapprendre à douter, une question de crédibilité". Il va même, me semble-t-il un peu plus loin quand il dit : "je proposais (dans un petit livre écrit en 2017) de comprendre autrement cette notion de "doute" en la considérant non comme le rejet mais comme une modalité de la foi."
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